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Info ajouté par 1info2 le 2011-03-05 15:53:35 - 0 Commentaire(s)

La relation franco-turque, une longue histoire d'amour




Au regard de l'Histoire, les tensions des dernières années entre la France et la Turquie semblent une anomalie. Car au plan politique, durant plus de cinq siècles, les relations furent toujours excellentes et le sont d'ailleurs encore. C'est même une longue histoire d'amour. La racine du malentendu ? Il faut la chercher du côté de la politique politicienne en France, où certains responsables, à des fins électorales, utilisent le vieux discours idéologique sur un conflit des cultures pour empêcher l'adhésion de la Turquie à l'Un on européenne.

Les premières relations remontent au début du XVIe siècle. En 1524, François Ier, après sa défaite face à Charles Quint à Pavie, cherche une alliance militaire pour sauver la France. Il s'adresse alors à Soliman le Magnifique, sultan de l'Empire ottoman, présent sur le territoire européen depuis 1354 et seule puissance apte à rivaliser avec l'empire germanique. Dès 1535, la France installe sa première ambassade à Istanbul, avant la signature, l'année suivante, du premier traité, baptisé « capitulation », accordant des « privilèges » aux négociants français. Le comte de Bonneval (1675-1747) modernise l'artillerie ottomane, jadis la meilleure au monde, devenue vétuste. Puis, le train des réformes s'accélère sous a conduit du baron de Tott - Français d'origine hongroise - et de ses successeurs. Il n'est pas jusqu'à l'art le plus sacré qui ne devienne « a la franga ». Pour couronner le tout, le français devient en 1834 seconde langue officielle, celle des Lumières et du romantisme. C'est à Paris que les Jeunes-Turcs préparent la révolution de 1908 contre le régime absolutiste. Et un autre Jeune-Turc, Mustafa Kemal Atatürk, épris des Lumières, de Voltaire, de Desmoulins, de Rousseau, parfait francophile et francophone, fondera la République et imposera d'une main de fer dans un gant de velours la laïcité à la française.

La France, de son côté, montrera des signes d'affection à sa jumelle du Bosphore. De Gaulle visite Istanbul et Ankara en 1968 et prononce une allocation en turc restée dans les mémoires. Mitterrand affirme en 1992 que « la Turquie relève de l'espace européen : l'Europe ne saurait être limitée par des considérations géographiques ou des préjugés culturels ». Puis Jacques Chirac, qui s'isole de sa majorité pour défendre la belle Anatolienne, explique que « l'Union européenne est d'abord un projet pour la paix et la stabilité ». « nous avons intérêt, dit-il, à avoir la Turquie, si elle remplit toutes les conditions. » Puis arriva Nicolas Sarkozy, le clash, l'erreur historique, l'incompréhension, l'ignorance devenue présidente, le « triste spectacle que celui du galop, à travers l'absurde, d'un homme médiocre échappé », comme disait Victor Hugo. Pourtant, les Turcs continuent d'aimer la France et à lire « Le Petit Prince ». La société turque est francophile. Ses élites connaissent l'Occident grâce à la France. Les intellectuels et la classe politique ont tous reçu une éducation française, notamment par le biais du lycée et de l'université de Galatasaray (le cousin ottoman du grand-père maternel de Sarkozy, Ascher Mallah, a été diplômé, avec la mention « très bien », du Lycée impérial de Galatasaray en 1900).

Les Turcs achètent français : avec plus de 11 milliards d'euros, le commerce bilatéral est à un niveau inédit. En 1985, il y avait 17 entreprises françaises en Turquie ; elles sont 350 aujourd'hui. La Turquie leur offre des opportunités dans l'industrie, les services ou l'automobile (suite au système de bonus-malus et à la prime à la casse du gouvernement français en 2009, la Turquie a exporté pour plus de 2 milliards d'euros de véhicules vers la France).

Comment comprendre alors les débats français récents sur la Turquie ? C'est en fait l'altérité, la pierre de touche de ces relations, qui doit être gérée par nos hommes politiques et dirigeants hostiles à l'adhésion de ce pays à l'Union européenne. Il faut se garder de faire comme si aucune trace de l'histoire « ancienne » ne subsistait dans la mémoire et l'imaginaire. Une réintégration doit être faite de l'histoire du monde turc dans la propre historicité de la France, non comme une marge barbare mais comme acteur proche et partenaire avec lequel on a une histoire partagée. Il appartient aux historiens d'aider à une interprétation « revisitée » des rapports des Français avec lui et à une intelligence des évolutions d'une société jugée incompréhensible et qui fait peur. C'est là que l'historien, avec le sens de la durée et le recours didactique à certains modèles, peut apporter la respiration qui manque.

GARIP TURUNÇ

Universitaire franco-turc à Bordeaux 4 et galatasaray

Source : La relation franco-turque, une longue histoire d'amour


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